L'origine du carnaval : histoire, significations et évolution

Dernière mise à jour: 12 mars, 2026
  • Le carnaval mêle d'anciennes racines païennes, des fêtes gréco-romaines et des rituels européens de fin d'hiver, christianisés plus tard comme une célébration précédant le Carême.
  • Le festival fonctionne comme un rite d'inversion sociale et symbolique, mêlant critique, parodie du sacré et catharsis collective à travers des masques, des défilés et la satire.
  • À son arrivée sur le continent américain, et plus particulièrement au Brésil et en Amérique latine, le carnaval s'est mêlé aux traditions africaines et indigènes, créant des célébrations uniques comme celles de Rio, d'Oruro ou de Barranquilla.
  • Aujourd'hui, le carnaval est à la fois un espace de résistance culturelle, un outil pédagogique et un puissant secteur touristique et créatif dans de nombreux pays.

origine du carnaval

Aujourd'hui, le carnaval est synonyme de fêtes, de musique forte, de costumes extravagants et de rues remplies de gens qui sautent et dansent derrière les chars et les défilés.Mais derrière cette explosion de joie se cache une histoire très longue et complexe, riche en strates religieuses, païennes et politiques. Des rituels agricoles ancestraux aux méga-festivals retransmis dans le monde entier, l'histoire de cette célébration permet de comprendre non seulement la culture chrétienne occidentale, mais aussi… résistance des traditions africaines, indigènes et populaires.

Quand on parle des origines du Carnaval, il n'y a pas de réponse simple.Le festival mêle des éléments d'anciens rites de fertilité. Fêtes gréco-romaines À l'instar des Saturnales et des Bacchanales, fêtes égyptiennes en l'honneur de la déesse Isis, coutumes germaniques destinées à chasser l'hiver, et plus tard assimilées et transformées par le calendrier chrétien comme le grand moment de « liberté » avant la discipline du Carême, ces fêtes ont, au fil des siècles, été enrichies par chaque peuple de sa propre saveur, jusqu'à donner naissance aux carnavals spectaculaires de Rio de Janeiro, Venise, Barranquilla, Oruro, Montevideo et bien d'autres.

Étymologie et significations du mot Carnaval

Le terme même de « carnaval » révèle ce passé riche en interprétations diverses.Une explication largement acceptée, surtout depuis le Moyen Âge, relie ce mot au latin vulgaire. Carnem optimisteL'expression « enlever la viande » signifie littéralement « s'abstenir de manger de la viande », en référence à l'interdiction de consommer de la viande pendant le Carême chrétien, période de jeûne et de pénitence. Dans cette optique, le Carnaval serait la dernière occasion de manger et de boire sans restriction avant le début des restrictions religieuses.

Une autre étymologie assez répandue, présente dans de nombreuses langues européennes, est celle de vallée de la carneL'expression « adieu à la chair » est comprise comme une façon de dire « adieu à la chair ». L'idée est similaire : renoncer aux plaisirs de la chair (tant alimentaires que sexuels) avant la période de rigueur spirituelle. Bien que souvent reprise, cette hypothèse est accueillie avec prudence par plusieurs philologues, qui la considèrent davantage comme une étymologie poétique que comme une explication linguistique solide.

Il existe également une théorie qui a gagné du terrain parmi les historiens à partir du XIXe siècle.…notamment grâce au Suisse Jacob Burckhardt : l’idée que le Carnaval viendrait de carrus navalisCette expression latine désigne un type de procession où un char richement décoré en forme de navire était porté à travers les rues, accompagné de personnages masqués. Cette pratique est associée aux fêtes de Navigium Isidis (le « Navire d’Isis »), un culte romain – aux racines égyptiennes – qui se déroulait début mars pour bénir la nouvelle saison de navigation.

Selon cette hypothèse de carrus navalisLe navire sur roues serait un ancêtre direct des chars de parade d'aujourd'hui.Masques, satire, défilés bruyants et un véhicule symbolique qui fend la foule rapprochent cette fête ancestrale de la forme moderne du carnaval que l'on retrouve dans diverses villes du monde.

Certains auteurs contemporains suggèrent encore des origines liées à des divinités spécifiques telles que Carna, une déesse celtique associée aux haricots et au bacon.…au héros Karna des traditions indiennes ou au dieu hindou du désir, Kāmadeva. Ces hypothèses visent à établir des liens plus larges avec les festivités indo-européennes liées à la fertilité et à la sexualité, bien qu’elles soient plus spéculatives et fassent moins l’unanimité parmi les experts.

histoire du carnaval

Racines antiques : de l'Égypte et de Sumer au monde gréco-romain

Avant même Rome et la Grèce classique, il existait déjà des fêtes publiques qui rappelaient l'esprit du carnaval.Des peuples comme les Sumériens et les anciens Égyptiens célébraient des divinités avec des processions, des danses, le port de masques et souvent une suspension temporaire des normes quotidiennes. Chez les Égyptiens, les fêtes liées à la déesse Isis et au taureau Apis sont particulièrement remarquables : musique, abondance de nourriture et inversion des rôles sociaux y donnent le ton.

Dans la Grèce antique, les célébrations en l'honneur de Dionysos, dieu du vin et de l'extase, constituent un lien important avec le futur carnaval.Pendant les fêtes dionysiaques, on buvait, on dansait, on portait des masques et on se permettait des comportements considérés comme inacceptables au quotidien. C'était l'occasion de libérer ses pulsions, de se moquer de l'autorité et de jouer avec l'inversion de l'ordre social, ce qui n'est pas sans rappeler le « monde à l'envers » des festivités modernes.

À Rome, cet esprit d'excès et d'inversion se manifestait dans des fêtes telles que les Saturnales, les Lupercales et les Bacchanales en l'honneur de Bacchus.Pendant les Saturnales, par exemple, esclaves et maîtres échangeaient symboliquement leurs places, les hiérarchies s'estompaient et la ville se livrait à des festins, des boissons et des plaisanteries grivoises. La littérature classique et les écrits des moralistes romains témoignent du malaise des élites face à ces libertés, mais aussi de la difficulté à les éradiquer.

De nombreux chercheurs considèrent ces fêtes gréco-romaines comme un « réservoir » d'éléments rituels. Masques, défilés, railleries envers les autorités, égalité éphémère, abondance de nourriture et de sexe : autant d’éléments qui seront plus tard réutilisés, chargés d’une nouvelle signification et mêlés aux croyances chrétiennes. Il ne s’agit pas d’une ligne droite et linéaire, mais d’une mémoire culturelle qui s’étend sur des siècles.

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Les rites germaniques et celtiques et la « fin de l'hiver »

Chez les peuples germaniques et celtes, le cycle hiver-printemps donnait également naissance à des fêtes semblables à ce que nous appelons aujourd'hui le Carnaval.Dans de nombreuses régions d'Europe du Nord, on croyait que l'hiver était gouverné par des esprits maléfiques qu'il fallait chasser pour que la lumière et la fertilité puissent revenir.

Des rituels avec des personnages masqués, des défilés avec des chars en forme de navire et des reconstitutions de mariages sacrés semblent associés à des divinités de la fertilité telles que Nerthus (ou Nerto) et Freyr.Des sources comme Tacite décrivent des chars sacrés portés en procession, suivis de bains purificateurs pour la divinité elle-même, et des pratiques qui mêlaient sexualité rituelle et renaissance de la nature.

Ces coutumes germaniques, qui mettaient en scène des personnes déguisées en animaux, des hommes déguisés en femmes et des figures monstrueuses, présentent des similitudes frappantes avec les masques et les personnages du carnaval rural européen.Dans les régions germanophones, des traditions telles que Mardi Gras Aujourd'hui encore, ils perpétuent les défilés de fêtards masqués qui sonnent des cloches, tapent sur des casseroles et des poêles, et « chassent l'hiver » à grand bruit.

Ce n'est pas un hasard si, dans plusieurs pays d'Europe du Nord et centrale, la saison du Carnaval commence symboliquement le 11 novembre à 11h11.Cette date, liée à la saison des récoltes et aux festivités de la Saint-Martin, marque le début d'une période « liminal », où l'ordre habituel s'affaiblit et où l'excès est permis – un prélude lointain aux réjouissances qui précèdent le Carême.

Le carnaval au Moyen Âge

Du paganisme au calendrier chrétien : Carnaval et Carême

Avec l'expansion du christianisme en Europe, l'Église n'a pas pu simplement supprimer ces fêtes populaires.Ces pratiques, considérées comme païennes, ont fait l'objet de tentatives pendant des siècles pour les catégoriser, en contrôler les excès et en réinterpréter le sens. La solution la plus durable a consisté à intégrer cette énergie débordante au calendrier liturgique lui-même, en la plaçant juste avant le Carême.

Le Carême, période de 40 jours précédant Pâques, était historiquement marqué par le jeûne, l'abstinence de viande, de produits laitiers et de matières grasses, ainsi que par une vie plus recluse.Dans de nombreux endroits, ces mets de luxe n'étaient même pas disponibles à la fin de l'hiver, ce qui renforçait la logique de la modération. En concentrant les jours de consommation de viande avant cette période, un contraste net était créé entre plaisir et discipline.

Dès le VIe siècle, le pape Grégoire le Grand institua le mercredi des Cendres comme début du jeûne.Cela repoussait les festivités précédentes, qui avaient pris des allures de carnaval. Les synodes médiévaux – comme celui des Leptins au VIIIe siècle – font état de nombreuses tentatives d'interdire les déguisements, les danses obscènes, les moqueries envers les autorités et les mascarades durant le mois de février.

Des prédicateurs comme Césaire d'Arles et Isidore de Séville ont écrit des sermons furieux contre les personnes qui sortaient dans les rues déguisées, changeant souvent de sexe., imitant les animaux ou représentant de vieux hommes grotesques. Des expressions latines telles que spurcalia février (« la saleté de février ») illustre la vision moralisatrice de pratiques qui, d’un point de vue populaire, étaient des soupapes de décompression recherchées.

Au fil des siècles, l'Église a fini par comprendre que la répression pure et simple ne fonctionnait pas.Peu à peu, de nombreuses pratiques furent christianisées, intégrées aux processions officielles (comme celles de la Fête-Dieu) ou tolérées en échange d'un minimum d'ordre. Il en résulta un Carnaval qui, bien qu'inscrit au calendrier chrétien, conservait des traces très anciennes d'inversion des rôles, de parodie du sacré et de culte des plaisirs charnels.

Dimension anthropologique : inversion des rôles et rire rituel

Les anthropologues et les historiens de la culture définissent souvent le Carnaval comme un « rite d'inversion ».Au lieu de renforcer directement l'ordre social, il le bouleverse pendant quelques jours : les pauvres se moquent des riches, les fous ridiculisent les sages, le sacré est parodié et les frontières du genre, de l'âge et du statut social s'estompent.

Des personnages comme « Roi Momo » ou « Roi Carnaval » illustrent cette logique.Ce sont des couronnements éphémères où un personnage grotesque, bedonnant ou comique, s'empare symboliquement du pouvoir. À la fin des festivités, il est « mis à mort » ou brûlé en effigie, ramenant le monde à l'ordre établi. De nombreux érudits voient en lui un écho des figures expiatoires antiques : sa mort « efface » les excès du peuple.

Ce renversement temporaire touche même au récit chrétien lui-même.Si Pâques célèbre la mort et la résurrection de Jésus – dont la passion a un côté profondément grotesque, avec des moqueries publiques et une violence flagrante –, le Carnaval semble mettre en scène une parodie humaine de ce drame : il transforme la souffrance en rire, la pénitence en jeu et réutilise les symboles religieux de manière comique.

Tout au long de l'histoire, ce potentiel de parodie a parfois été exploité par ceux qui détenaient le pouvoir.Au XVe siècle, par exemple, les papes de Rome ont relancé les pratiques des Saturnales, forçant les Juifs à participer à des courses humiliantes, nus dans les rues, tandis que le pontife regardait et riait, mêlant antisémitisme, violence institutionnelle et « amusement » carnavalesque.

Pour autant, pour la classe ouvrière, qu'elle soit réduite en esclavage ou marginalisée, le Carnaval a toujours fonctionné comme un espace de résistance symbolique.Là, les dirigeants sont critiqués, les injustices sont ridiculisées, l'histoire du groupe est revisitée et l'identité collective est célébrée – que ce soit avec le candombe à Montevideo, le maracatu à Recife, le calypso à El Callao, les cumbias à Barranquilla ou les murgas à Cadix.

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Carnaval à travers le monde

Calcul de la date : pourquoi le Carnaval change-t-il chaque année ?

Une question qui revient toujours est celle de savoir pourquoi le Carnaval est si loin dans le calendrier.La réponse réside dans le fait que toutes les dates mobiles de l'année liturgique chrétienne – à l'exception de Noël – sont calculées en fonction de Pâques, qui dépend elle-même des phases de la lune.

En termes simples, le dimanche de Pâques a lieu le premier dimanche après la première pleine lune suivant l'équinoxe de printemps dans l'hémisphère nord. (Équivalent à l'équinoxe d'automne dans l'hémisphère sud). Le Vendredi saint est le dimanche qui le précède, et le Mercredi des Cendres marque le début du Carême quarante jours plus tôt.

Le mardi du Carnaval tombe donc 47 jours avant le dimanche de Pâques. (y compris les dimanches de Carême). Par conséquent, certaines années, la fête a lieu début février ; d’autres, elle se prolonge jusqu’à la première quinzaine de mars. Tout au long des XIXe, XXe et XXIe siècles, on peut identifier des années où la date était particulièrement précoce ou tardive, coïncidant même, rarement, avec le 29 février.

Ce lien avec le cycle lunaire relie en quelque sorte le Carnaval à d'anciens rites agricoles et astronomiques.Les peuples juifs, par exemple, associaient l'Exode d'Égypte à une nuit de pleine lune – un élément qui a par la suite aidé l'Église à établir la chronologie de la Passion du Christ. Ainsi, les calendriers astronomiques, agricoles et religieux s'entremêlent dans ce que nous appelons aujourd'hui simplement les fêtes du Carnaval.

De l'Europe au monde : Venise, Paris et autres itinéraires

Nombre de formes « classiques » du Carnaval, avec leurs masques et leurs danses de bal, ont prospéré en Europe médiévale et à la Renaissance.L'Italie a joué un rôle central, avec le Carnaval de Venise Célèbre pour ses masques élaborés, ses capes, ses bals costumés et son atmosphère de mystère propice aux rencontres interdites et aux intrigues politiques dans l'anonymat, le carnaval de Venise, aboli par Napoléon en 1797, ne reprit officiellement qu'à la fin du XXe siècle.

Paris, à son tour, a servi de modèle aux carnavals urbains modernes dans diverses parties du monde.Les défilés de chars allégoriques, les bals publics et le mélange de bohème et de satire sociale ont fait de la capitale française une sorte d'« exportatrice » des formes carnavalesques. Des villes comme Nice, Santa Cruz de Tenerife, Toronto, La Nouvelle-Orléans et Rio de Janeiro elle-même ont été en partie inspirées par ce style.

En Europe centrale et atlantique, les célébrations du carnaval ont acquis leurs propres caractéristiques distinctes.En Rhénanie allemande (Cologne, Düsseldorf, Mayence), le Carnaval – ou Carnaval, carnaval, Mardi GrasSelon les régions, la fête foraine a conservé une forte dimension de satire politique, avec des chars géants et des marionnettes ridiculisant les dirigeants. En Belgique, des villes comme Binche et Alost préservent des personnages traditionnels, tels que les « gilles » qui lancent des oranges dans la foule, reconnus par l’UNESCO comme patrimoine culturel immatériel.

Au Portugal et en Espagne, le carnaval est également devenu une partie importante du cycle festif.Au Portugal, l'ancien « Entrudo » (Carnaval) était célébré depuis au moins le XVe siècle et fut exporté dans les colonies, notamment au Brésil, d'où il revint des siècles plus tard, la samba et d'autres rythmes afro-brésiliens influençant des carnavals tels que ceux de Madère, d'Ovar, de Torres Vedras et de Podence, où subsistent des figures païennes telles que... caretos.

En Espagne, le carnaval est attesté depuis le Moyen Âge et a pris des caractéristiques particulières dans des villes comme Cadix, Las Palmas et Santa Cruz de Tenerife.Là, les murgas (groupes carnavalesques traditionnels), les comparsas (groupes de masse) et les concours de chansons satiriques sont devenus des marques de fabrique, au point que certains de ces carnavals ont été déclarés festivals d'intérêt touristique international.

La naissance du carnaval au Brésil et en Amérique latine

En Amérique latine, le carnaval est arrivé principalement par l'intermédiaire des colonisateurs portugais et espagnols.Ils ont apporté avec eux le carnaval, les bals masqués et les festivités précédant le Carême. Au contact des populations indigènes et africaines, ces célébrations européennes ont été complètement réinventées, donnant naissance à certaines des manifestations carnavalesques les plus riches au monde.

Au Brésil, les premières traces d'Entrudo remontent au XVIe siècle.Cela fait référence aux festivités organisées par les colons portugais à l'approche du Carême. Parmi les divertissements figuraient des jeux comme le lancer de « citrons parfumés » — de petites boules de cire remplies d'eau ou de liquides moins agréables — sur les passants, l'éclaboussure des gens dans la rue et de petites « guerres » de rue.

Les Africains réduits en esclavage, les autochtones et les Blancs pauvres s'approprièrent rapidement cet espace festif.Mêlant percussions, danses religieuses afro-brésiliennes, rythmes africains, coutumes locales et dévotions catholiques, des processions de personnes noires et métisses défilaient dans des villes comme Rio de Janeiro au son des tambours. Ces processions, souvent désapprouvées par l'élite, gagnaient en popularité.

Tout au long du XIXe siècle, le carnaval brésilien a pris des formes diverses dans chaque région.À Rio de Janeiro, les premiers clubs, ranchs et, plus tard, écoles de samba ont vu le jour, structurant des défilés thématiques avec des sections, des scénarios et des chars allégoriques, donnant naissance au modèle du Sambadrome – aujourd'hui symbole mondial du Carnaval de Rio. À Salvador, les festivités se sont fortement déplacées dans les rues, avec des fanfares, des trios électriques et un riche mélange de rythmes tels que l'axé, le samba-reggae et l'arrocha.

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À Pernambuco, Recife et Olinda ont développé un carnaval marqué par le frevo et le maracatu.…avec des défilés gigantesques comme le Galo da Madrugada, reconnu comme le plus grand carnaval du monde. Dans le Nord-Est et dans tout le pays, les fêtes de rue, les carnavals et les festivals régionaux organisés hors saison témoignent de l’expansion de l’idée du Carême bien au-delà des jours précédant strictement le Carême.

Carnavals emblématiques du monde entier

Tout au long du XXe siècle, certains carnavals sont devenus des emblèmes de leurs pays respectifs.Projeter des identités locales et des histoires spécifiques à l'échelle mondiale. Quelques exemples permettent de comprendre comment une même matrice festive peut engendrer des expressions très différentes.

Le carnaval de Rio de Janeiro est probablement le plus célèbre et le plus médiatisé au monde.Reconnue par le Guinness World Records comme la plus grande fête du monde, elle rassemble des millions de participants dans les rues et lors des défilés, sans oublier les défilés des écoles de samba au Sambadrome. Chaque école présente une histoire mêlant critique sociale, glorification de figures historiques, religiosité et célébration de la culture populaire, dans un spectacle minutieusement chorégraphié.

En Bolivie, le carnaval d'Oruro est un exemple frappant de syncrétisme religieux.Les anciennes fêtes andines en l'honneur de Pachamama (Terre-Mère) et de divinités telles que Wari ont été réinterprétées comme une dévotion à la Vierge de Socavón. L'emblématique « Diablada » met en scène des diables, des anges et des figures mythiques dansant selon des chorégraphies complexes ; elle est aujourd'hui reconnue par l'UNESCO comme site du patrimoine mondial.

En Colombie, le Carnaval de Barranquilla et le Carnaval des Noirs et des Blancs de Pasto mêlent influences indigènes, africaines et européennes.À Barranquilla, des défilés comme la Batalla de Flores (Bataille des Fleurs), la Gran Parada de Tradición (Grande Parade Traditionnelle) et la mort symbolique du « Joselito Carnaval » illustrent le cycle de vie et de mort des festivités. À Pasto, la Journée des Noirs et la Journée des Blancs symbolisent une coexistence harmonieuse entre les races et les classes sociales.

À Montevideo, en Uruguay, le carnaval est considéré comme le plus long du monde, avec environ 40 jours de défilés et de spectacles.Murgas, parodistes, magazines et camarades noirs et lubolos (Des Blancs peints en noir qui vénèrent le Candombe) se produisent sur des scènes disséminées dans toute la ville et dans des compétitions officielles, dans un format qui privilégie le spectacle théâtral et la critique sociale chantée.

D'autres carnavals se distinguent par des caractéristiques spécifiques.Celle de Venise, pour ses masques élégants ; ceux de Nice et de Dunkerque, en France, pour leurs traditions séculaires ; Mardi Gras De la Nouvelle-Orléans, aux États-Unis, pour son mélange de jazz, de culture créole et de processions ornées de colliers colorés ; le Carnaval d’Encarnación, au Paraguay, avec ses sambadromes et ses concours de comparsa ; celui de Veracruz et Mazatlán, au Mexique, avec ses forteresses historiques et ses rituels tels que le « bûcher de la mauvaise humeur ».

Dimensions politiques, sociales et éducatives du Carnaval

Bien au-delà du simple divertissement, le Carnaval a toujours eu une dimension politique.À travers des chants de marche, des sambas, des murgas, des coplas et des comparsas, des générations entières ont critiqué les dictatures, dénoncé le racisme, ri des scandales de corruption et donné la parole à des histoires longtemps passées sous silence. Dans de nombreuses villes d'Amérique latine, le Carnaval était l'un des rares espaces où les voix des Noirs, des autochtones, des pauvres et des marginalisés pouvaient s'exprimer publiquement et avec force.

Ce potentiel critique explique en partie pourquoi tant d'autorités ont tenté de contrôler ou de domestiquer le festival.De la vice-royauté du Río de la Plata à Buenos Aires, qui interdisait les tambours africains et restreignait les danses, aux interdictions spécifiques dans des villes comme Santiago du Chili, et aux campagnes morales dans diverses capitales, l'État et l'Église ont fréquemment considéré le Carnaval comme une menace pour « l'ordre » ou les bonnes mœurs.

Par ailleurs, le Carnaval est également devenu un moteur économique et touristique majeur.Au Brésil, cette industrie génère des milliards de dollars de revenus grâce aux costumes, aux chars, aux voyages, à l'hébergement, à la restauration et aux divertissements, créant ainsi des emplois directs et indirects tout au long de l'année. Des villes comme Rio, Salvador, Recife, Santa Cruz de Tenerife, Barranquilla et Oruro connaissent un afflux touristique considérable pendant le Carnaval.

Ces dernières années, les éducateurs ont redécouvert le Carnaval comme un thème pédagogique riche.À travers des frises chronologiques, des cartes de carnavals du monde entier, la confection de masques inspirés de différentes cultures, l'étude des paroles de chansons et l'exploration d'instruments traditionnels, il est possible de travailler l'histoire, la géographie, les arts, la littérature et la citoyenneté de manière intégrée, selon une approche que des méthodes comme Montessori appellent « l'éducation cosmique ».

Si l'on considère cette trajectoire dans son ensemble, le Carnaval apparaît comme un fil conducteur qui tisse ensemble religions, mythes, conflits sociaux et processus de métissage culturel.Du navire sacré d'Isis aux trios électriques de Salvador, des gilles belges aux danseuses de samba de Rio de Janeiro, des diabladas andines aux murgas uruguayennes, le festival conserve le même noyau : le besoin humain de, pendant quelques jours, suspendre les règles, rire de soi-même, exorciser les peurs collectives et célébrer, dans un grand bruit, que la vie continue.

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